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à part ça la vie est belle

...chasser les petits riens qui nous empoisonnent l'existence
10月1日

Blond Cendron

   Il était une fois un riche seigneur qui avait un fils unique.

   L’enfant était né chevelu, d’une épaisse toison couleur de soleil, ce pourquoi on l’avait appelé Blond. Par la suite ses cheveux avaient foncé mais il avait gardé le même prénom. Le seigneur chérissait beaucoup son fils, avec qui il partageait la plupart de ses loisirs. Il l’emmenait toujours à la chasse avec lui, si bien que l’art de la fauconnerie n’avait plus de secret pour Blond. Il l’avait également initié au maniement de l’épée et tout ce qu’un jeune homme de son rang devait savoir en matière des arts de la guerre, mais aussi à la bonne gestion de son domaine ainsi qu’à la tournure de madrigaux et aux jeux de l’amour courtois. Ils vivaient très heureux sous le regard aimant de la mère de Blond.

Un jour ce fut la guerre, et le père fut occis par son voisin, homme rustre et cruel, qui s’octroya en trophée la châtelaine en plus des terres qu’il venait de conquérir. Comme elle était noble, il l’épousa.

   C’est ainsi que notre petit héros reçut comme beau-père un baron sanguinaire. Le baron avait déjà deux fils plus âgés, laids comme des poux et fiers tout pareil. Ils passaient le plus clair de leurs jours (et surtout de leurs nuits) à jouer aux cartes ou aux dés avec des individus louches, en s’entourant de ribaudes. Ils méprisaient leur nouveau frère bien qu’il fut de naissance plus haute (ou peut-être justement pour cela), et se plaisaient à lui imposer des tâches dégradantes. En réalité, ils avaient perdu presque toute leur fortune au jeu et n’avaient plus de quoi payer les salaires des domestiques. Blond, à qui ils n’avaient pas à verser de solde, leur apparaissait comme un cadeau de la Providence pour s’occuper du domaine.

Ils l’avaient fait loger comme un palefrenier au-dessus des écuries. Il n’y avait plus beaucoup de bêtes pourtant, la plupart parties en dettes de jeu, les meilleures en campagne car le baron n’arrêtait jamais de guerroyer contre les seigneurs des alentours. Les écuries étaient immenses et pleines de courants d’air. Quand il faisait trop froid, Blond se réfugiait plutôt dans l’âtre de la cuisine, où il avait aussi à faire car il n’y avait plus non plus de cuisiniers. Il s’asseyait si près des braises que ses vêtements et ses cheveux étaient souvent couverts de cendres, c’est pourquoi on avait pris l’habitude de l’appeler Cendron. Tout le monde oublia son vrai prénom.

Un jour il advint que la reine donna un bal pour présenter au monde sa fille de seize ans revenue du couvent. Elle voulait y voir tous les hommes à marier du royaume pour lui choisir un époux. Durant la semaine qui précéda la fête, les deux fils du baron ne laissèrent aucun répit à Cendron. Il dut retrouver de vieux habits de cérémonie oubliés dans une malle au sommet de la plus haute tour. L’escalier n’avait pas servi depuis tellement longtemps que les toiles d’araignées qui le barraient étaient extrêmement denses et solides, parvenir au grenier fut en soi une épreuve, qu’il franchit l’épée à la main… Dans la malle, les vêtements n’avaient pas été épargnés par les mites. Cendron les raccommoda comme il put. Puis il fallut les agrandir car les deux frères avaient considérablement grossi à force de rester assis à jouer.

Quand il leur présenta son travail, ils explosèrent de rage, car si fins et précis que fussent les doigts de Cendron, on voyait que les habits n’étaient pas neufs. Ils le renvoyèrent chercher l’impossible. Alors, comme il faisait toujours quand il était las de leurs exigences, ils gagna la fauconnière où il se confia à son oiseau préféré. Quand il eut raconté tout son malheur à la bête, la voix entrecoupée de larmes, le volatile ouvrit le bec, mais au lieu d’un cri, ce furent des paroles qui en sortirent.

- Donne-moi ces vêtements, Blond Cendron, j’en fais mon affaire. Donne-m’en un aussi pour toi, car je veux que tu ailles au bal. Sais-tu que tu as le même âge que la princesse ?

Abasourdi, le jeune homme obéit. Il avait maintenant l’impression qu’un soleil était né à l’intérieur de lui et qu’il n’aurait plus jamais froid. Il ne savait pas si c’était parce qu’il avait entendu son ancien nom, oublié depuis si longtemps, ou parce qu’il se sentait maintenant protégé par une force bienfaisante qui lui rappelait son père. Il apporta trois habits au faucon, qui s’envola et les lui rendit quelque temps plus tard, flambant neufs. Le sien était le plus beau qu’on eut jamais vu, dans un tissu souple permettant tous les mouvements tout en étant coupé à la perfection. Il le cacha aussitôt sous sa paillasse dans l’écurie.

Le jour même du bal, les deux frères réclamèrent toute l’attention de leur Cendron. Il s’acharna à les laver, les coiffer et les poudrer pour tenter de les rendre présentables. On peut dire qu’il fit du bon travail. Quand vint le soir il était complètement épuisé. Il pensa se reposer un peu avant de se préparer à son tour, mais l’aîné en montant sur son cheval lui ordonna de ranger la maison de fond en comble pour que tout soi rutilant quand ils rentreraient au petit matin, faute de quoi ils lui feraient passer le goût de la paresse. Ces derniers jours, accaparé tout entier par la préparation du bal, Cendron avait effectivement laissé de côté l’entretien du domaine. Désespéré, il courut à la fauconnière. Là, l’oiseau lui fit un clin d’œil et lui dit :

- Ne te préoccupe de rien. Va te laver dans l’étang tout près d’ici, passe ton habit et reviens me voir.

Quand il revint, propre comme un sou neuf et beau comme un ange dans son costume de fête, tout était en ordre. Il n’en crut pas ses yeux. Son soleil intérieur brilla de plus belle.

Le faucon l’accompagna jusqu’au château. Voyant ce prince rayonnant, les gardes de l’entrée s’écartèrent instinctivement en s’inclinant. Le héraut lui demanda qui il devait annoncer. Le jeune homme répondit en souriant :

- Je m’appelle Blond.

Il inonda la salle de sa lumière. Pendant quelques instants, tout s’arrêta, y compris la musique. Chacun le regardait. La princesse s’approcha de lui et l’invita à danser. Elle ne le quitta plus de la soirée. Mais un peu avant minuit, il entendit à travers le brouhaha et la musique le cri de son faucon. Ses frères, lassés, s’en retournaient chez eux. Il se dégagea avec douceur des bras de son amie et se mit à courir. Quand il fut hors de vue, l’oiseau le saisit par la ceinture et le transporta jusque dans l’écurie. Il n’eut que le temps de glisser son habit sous sa couche, avant de descendre s’occuper des chevaux qui rentraient. Il demanda d’un air innocent aux deux cavaliers :

- Avez-vous passé une bonne soirée ?

- La princesse ne nous a pas accordé un seul regard, dit l’aîné, amer.

- Un jeune prince est arrivé après tout le monde, que personne ne connaissait, dit le second. Il éblouissait tout sur son passage, comme s’il avait avalé un astre. Évidemment la princesse s’est précipitée sur lui et ne l’a plus lâché. Mais il émanait de lui une grande bonté contagieuse. Après son arrivée les langues de vipères n’ont plus rien trouvé à dire de méchant sur personne. Du coup on s’ennuyait. C’est pour ça que nous rentrons si tôt.

Le lendemain, la princesse n’ayant pu trouver dans la matinée d’informations sur cet étrange inconnu, décréta que le bal se poursuivrait le soir-même.

Les frères décidèrent d’y retourner, dans l’espoir que le jeune homme ne reviendrait pas. Ils étaient persuadés qu’ils avaient toutes leurs chances auprès de la princesse. Il fallut donc s’occuper à nouveau d’eux toute l’après-midi.

Au moment de partir l’aîné dit à Cendron :

- J’ai laissé tomber hier soir ma montre en argent en rentrant. Je ne sais pas où, mais je veux que tu la retrouves et qu’elle m’attende sur mon lit à mon retour.

À nouveau désespéré, notre héros courut à son faucon, qui lui dit comme la veille :

- Ne te préoccupe de rien. Va te laver dans l’étang tout près d’ici, passe ton habit et reviens me voir.

Quand il revint, l’oiseau tenait la montre dans son bec. Il lui en donna une autre, en or ciselé, pour qu’il surveille l’heure au cour de la soirée, car cette-fois il ne l’accompagnerait pas.

Cendron posa la montre d’argent sur le lit de son frère et fila au château.

Le héraut le reconnut et annonça le prince Blond. Le cœur de la princesse fit un bond dans sa poitrine, elle courut vers lui, contre tout protocole, et l’emmena danser. La soirée passa comme une flèche. Consultant la montre d’or qu’il avait mise à son gousset, le jeune homme s’aperçut qu’il était près de minuit. Se souvenant que c’était l’heure à laquelle ses frères étaient rentrés la veille, il décida de rentrer. Comme il s’éloignait la princesse lui cria « Reviendrez-vous demain ? ». Il se retourna pour lui faire une révérence en signe d’acquiescement et se heurta précisément à son frère cadet. Celui-ci entreprit de lui chercher des noises. Pour couper court, il lui offrit sa montre en dédommagement.

Il regagna les écuries, se changea et s’endormit. Tard dans la nuit, il entendit rentrer les chevaux. Il descendit et questionna ses frères.

- Vous êtes bien tardifs cette fois, que s’est-il donc passé ?

- Nous avons discuté longuement avec la princesse, parce que le mystérieux inconnu nous a donné sa montre.

- M’a donné sa montre, tu veux dire ! La tienne t’attend sur ton oreiller mon cher frère, puisque Cendron l’a retrouvée, n’est-ce pas ?

- Oui.

- Je crois qu’elle n’est pas indifférente à mon charme, repris le cadet, elle me pressait de questions et m’a pris par le bras !

- Et que lui avez-vous dit ?

- Rien, puisque nous ne savons rien… Nous avons passé en revue toutes nos connaissances mais personne ne correspond, nous ne voyons vraiment pas qui peut être cet invité surprise.

- À quoi ressemble-t-il ?

- Tout le contraire de toi ! Il est extrêmement beau, et pour tout dire fort sympathique, généreux en sus.

Cendron s’endormit en rêvant à la soirée suivante. Mais le lendemain, ses frères le chargèrent d’encore plus de travail que les autres jours, si bien qu’il n’eut pas le temps d’aller voir son faucon avant de partir. Il se baigna, revêtit son habit et courut au château, où il arriva fort tard.

Quand il entra dans la salle de bal, la princesse se précipita vers lui et l’entraîna dans le jardin.

- Nous ne dansons pas ce soir ? s’enquit-il.

- Non, nous avons déjà perdu trop de temps. Ma mère veut bien vous accorder ma main, nous devons parler concrètement ce soir. Je vous connais si peu ! Mais je sais que c’est vous que je veux.

Elle le saisit par la taille et l’attira à elle. Il la regarda d’un air soudain navré.

- Ma mie, je crains de ne pouvoir combler vos vœux. Je ne suis pas d’une condition assez haute pour prétendre à votre main. Pardonnez-moi de m’être laissé emporter par mon cœur. Je serais tout juste bon à nettoyer vos écuries…

-  Cessez de vous moquer. Qui que vous soyez, je veux vous épouser ! Mais si vous ne m’aimez pas, dites-le clairement, au lieu de me tuer à petit feu…

Coupant court à la discussion, il l’embrassa, mais bientôt sonnèrent les premiers coups de minuit. « Déjà ! » pensa-t-il.

- Ma mie, je dois partir…

- Je vous ordonne de rester !

Il se dégagea mais elle s’agrippait si bien à sa taille que la bande de cuir et d’argent qui l’entourait lui resta dans les mains. Il courut aussi vite qu’il put vers son domaine.

La princesse quitta le bal sans un mot et s’enferma dans ses appartements.

Le lendemain, sa mère la reine entra dans sa chambre, y trouva la jeune fille étendue dans son lit comme sous le coup d’une maladie mortelle. Près d’elle, une ceinture, seule relique qu’elle gardait du prince inconnu. La reine y jeta un coup d’œil. Un détail lui parut intéressant : il n’y avait qu’un trou, et il ne faisait aucun doute que l’homme capable de la mettre avait une taille d’une finesse extraordinaire.

- Ma fille, dit-elle, j’ai une idée pour retrouver votre Blond. Si nous faisons essayer cette ceinture à tous les hommes du royaume, il n’y a que lui qui pourra la boucler. Quel que soit son déguisement, nous le démasquerons. Et même s’il est étranger, il n’a pas pu aller bien loin en une seule nuit.

À ces mots, la princesse repris des couleurs. Elle revêtit un costume d’apparat et fit atteler son carrosse.

Durant toute la matinée, elle voyagea de demeure en demeure, sans omettre les plus petites cabanes de paysans, pour faire essayer la pièce à conviction à tous ses sujets. Mais elle ne retrouvait pas celui qu’elle avait fait danser. Son enthousiasme commença à retomber. Vers la fin de la journée, elle fut à nouveau complètement désespérée. Il ne lui restait plus à visiter que le château du baron sanguinaire, et elle sentait bien en son cœur que ni ce rustre ni ses abrutis de fils pouvaient être celui qu’elle recherchait.

Elle entra quand-même, sur les conseils de son laquais qui ne perdait jamais espoir. Un faucon vint à leur rencontre et ne les quitta plus. Quand le père et ses deux déchets eurent échoué à boucler le ceinturon, malgré de pathétiques efforts pour amoindrir leur impressionnante bedaine, ils voulurent reconduire la princesse aux portes du domaine. Mais le faucon vola en cercles serrés autour du carrosse. Il semblait indiquer une direction. On se laissa guider par lui jusqu’aux écuries.

Là, un palefrenier bouchonnait les chevaux, couvert de poussière de paille et de cendres. La jeune femme s’apprêtait à lui présenter la ceinture, quand le baron l’en empêcha.

- C’est inutile, souffla-t-il avec dédain, cet avorton de Cendron n’a pas bougé d’ici les trois nuits dernières, il était occupé à entretenir mes terres et mes bâtisses. Il a bien trop d’ouvrage pour se permettre des frivolités !

Le faucon piqua sur lui et lui perça la main jusqu’à ce qu’il lâche prise. Alors la princesse s’approcha de Cendron, et sous le regard abasourdi des deux frères, lui retira sa grosse chemise de toile brute et lui entoura la taille de la ceinture, qui lui seyait à merveille.

Pendant ce temps l’oiseau rapportait les habits de bal qu’il avait dénichés sous la paillasse.

Les noces furent grandioses. On tua trois cents bêtes pour nourrir les palais, et on embaucha trois mille danseuses pour réjouir les regards. À partir de ce jour, la princesse et Blond Cendron ne se quittèrent plus. Ils eurent quelques enfants et des centaines de petits faucons. Et s’ils ne sont pas encore morts, ils doivent encore être heureux.

 

8月28日

Private joke

Par un soir brumeux tel qu'on n'en trouve d'ordinaire qu'en hiver, elle s'engagea sur le chemin des dunes. Une lune blâfarde perçait difficilement le ciel laiteux, donnant aux herbes hautes et aux ganivelles des allures de fantômes qui s'approchaient puis disparaissaient à mesure qu'elle avançait. Pour trouver la mer, elle se guida à l'oreille.
Le ressac était doux et roulait mollement les galets. Quand elle estima qu'elle se trouvait à cinq mètres des vagues, elle posa son sac à dos. Puis elle laissa tomber sa veste, sa tunique et tous ses vêtements. Les gouttelettes en suspension dans l'air se rassemblaient en petites rivières sur sa peau et la faisaient frissonner. Quel pari stupide ! Elle aurait au moins dû se renseigner sur la météo avant d'accepter...
Elle s'engagea d'un pas résolu dans l'eau qu'elle trouva étonnament tiède. Nager jusqu'au Men Crenn... Par quel miracle parvint-elle à tâtons à trouver la direction du rocher ? Le fait est qu'à peine un quart d'heure s'était écoulé depuis son entrée dans l'océan quand elle mit pied sur le récif.
D'après les indications du mage, il fallait retourner les trois pierres triangulaires à chaque extrémité de l'îlot. Dès qu'elle eut placé le dernier caillou dans l'axe voulu, le sol se mit à trembler et un long grincement déchira la nuit. La brume se dissipa en un instant. Elle put alors voir, à quelques pieds d'elle, le petit portique qui finissait péniblement d'émerger du roc, comme si le mécanisme s'était rouillé pendant tous ces siècles de christianisme.
Elle passa la main au travers, s'empara du talisman et l'accrocha à son cou. Une force presque magnétique l'enveloppa et l'attira à l'intérieur. "Franchis la porte !" murmura une voix dans sa tête. "Viens, rejoins-nous, tu sais bien que c'est ici ta place ! Tu portes l'étoile des élus..." Elle secoua la tête, dissipa l'impression de sérénité qui s'était emparée d'elle. Puis plongea dans la mer et nagea le plus vite qu'elle put vers la côté, comme effrayée de ce qu'elle avait entrevu. Non, il n'était pas encore temps...
Cherchant à discerner dans l'obscurité l'endroit où elle avait laissé ses affaires, elle vit une lueur rouge sur sa gauche. Avec l'humidité, une flaque s'était formée sur son sac à dos, ça avait fait contact et allumé la loupiote de gilet de sauvetage qui lui servait de porte-clés. Magnifique ! Tout s'enchaînait à merveille ce soir !
Près de son tas de vêtements, un carnet. Intriguée, elle se penche. Un minuscule gnome lui saute alors au visage et en deux bonds s'engouffre dans son oreille. "Cesse de hurler, lui dit-il. Avec le talisman et cette cicatrice en étoile sur la tempe, tu es protégée de tous les maléfices et farces de nos peuples. Je ne vais pas non plus te forcer à rentrer chez nous si tu n'en as pas envie. Si tu désires mener une vie de mortelle, à ta guise. Quand tu voudras te retirer, reviens ici, refais les gestes de ce soir : la porte du sidh te sera toujours ouverte. Simplement, maintenant que tu sais, tu seras notre passeuse. Nous te confierons des missions que nous ne pouvons mener nous-mêmes. Tu sais que notre magie n'est plus opérante au dehors, le monde nous est trop hostile, les gens ne croient plus en nous... Ce carnet, nous l'avons trouvé sur une plage il y a quelque temps. Depuis lors, il ne cesse de pleurer. il doit retourner à son maître ! Mais nous ne savons comment le retrouver. Va, et rends-le lui !"
Quoi dit, la bestiole disparut.
Restée seule, la jeune fille feuilleta le carnet. Les dessins et croquis qui l'ornaient étaient splendides. Mais elle eut beau chercher, l'ouvrage ne comportait aucune adresse, aucune signature. "Eh bien, se dit-elle, dans quoi me suis-je fourrée..."
Mais elle était assez têtue pour y arriver.
3月19日

loups

Dans un petit village très pauvre, au fin fond d’un royaume perdu, vivaient un jeune garçon et sa mère. Je ne sais pas si l’on peut appeler ça vivre, disons plutôt qu’ils survivaient. Ils étaient en fermage dans une maison insane au bord d’un marécage. Le père était mort de malaria peu après la naissance de son fils, avant d’avoir eu le temps d’assécher le champ. Toutes les cultures pourrissaient sur pied dès que l’air se montrait humide.

Chaque jour la mère cherchait dans la forêt des baies et des racines, qu’elle préparait de son mieux, en usant le moins de bois possible, dans la vieille cuisinière percée. Le garçon restait l’attendre en réfléchissant à des moyens de protéger leurs plantations de la pourriture, mais il était encore bien jeune.

Le voisinage les fuyait comme des pestiférés. On les disait maudits, ou contagieux, ou encore sorciers, selon le flux et le reflux des rumeurs. Parfois même on leur lançait des cailloux.

Une année, l’hiver fut tellement froid que la mère eut les extrémités gelées. La gangrène s’y installa. Elle mourut bientôt. Le garçonnet se retrouva seul et sans appui. Quand vint le terme du mois, il ne put payer et fut jeté dehors. Il s’abrita pour la nuit sous le porche de l’église. Au matin, le bourgmestre lui lâcha les chiens.

Alors il fuit vers la forêt. Elle était noire et profonde, mais il n’avait pas d’autre choix que d’y entrer. Il s’enfonça entre les arbres, et bientôt leur densité fut telle que la lumière du jour ne parvint plus à se frayer un chemin à travers les branchages. L’enfant avançait dans le noir le plus complet. Il lui semblait discerner une lueur quelque part au loin, il essaya de la rejoindre. Il avait l’espoir qu’elle émanât d’un feu et qu’il pût s’y réchauffer. Peut-être les gens qui l’avaient allumé ne le chasseraient pas.

Il s’engagea encore plus avant dans la végétation. Mais alors qu’il pensait n’en être plus qu’à quelques centaines de mètres, la lueur s’éteignit. Le jeune garçon se rappela tout-à-coup combien il faisait froid. Il commençait aussi à avoir faim. Avait-il marché longtemps ? Il avait perdu la notion du temps. Après avoir contourné quelques bosquets barrant son chemin, il perdit aussi son orientation.

Il était à présent égaré, affamé, épuisé et transi, au beau milieu d’une forêt immense et inconnue. Petit, on lui avait toujours interdit de s’en approcher. Sa mère partait toujours seule ramasser des racines. De toute façon, elle restait en lisière, personne n’osait pénétrer jusqu’au cœur de ce lieu, réputé maléfique.

De maléfice, le garçon n’en avait encore point vu. Au contraire, l’endroit était étonnamment calme, pas le moindre bruit, la moindre agitation. Peut-être les animaux étaient-ils tenus en respect par le gel.

Juste comme il se disait cela, il entendit un craquement de brindille tout près de lui. Il se retourna vivement, mais l’obscurité l’empêchait de discerner quoi que ce fût. Il s’immobilisa en tendant l’oreille. Il eut un sursaut quand quelque chose le frôla, qui semblait d’assez grande taille. La forme repassa dans l’autre sens, elle semblait lui tourner autour. Il n’entendait toujours rien, à part son cœur qui battait très fort à ses oreilles. La chose s’approcha de plus en plus, il sentit une fourrure : un loup !

Il crut s’évanouir de frayeur. Mais que voulait cette bête ? Pourquoi ne l’attaquait-elle pas ? La terreur montait en lui. Il pensait « c’est un monstre sadique, qui joue avec moi comme un chat avec sa souris. Il sait que je ne peux pas m’enfuir, il savoure sa victoire, prend son temps… »

Tandis qu’il ruminait, il ne s’aperçut pas que le loup, imperceptiblement, le poussait dans une certaine direction. Quelque temps plus tard il se retrouva au milieu d’une meute qui tournait autour de lui. Au bruissement des fourrures les unes contres les autres, il devina qu’il y avait là plusieurs dizaines d’animaux. Il se disait « j’ai compris, le premier n’était qu’un rabatteur, je serai le festin de toute la troupe ». Comme il n’était pas de taille à lutter, il se résolut à mourir. Sentant un petit lui passer entre les jambes, il pensa qu’au moins il servirait à la croissance de ce louveteau et de ses frères. Lui qui n’avait pas réussi à trouver sa place, à être utile auprès des humains, fut réconforté à cette idée.

Tous ces êtres s’agitant autour de lui, et la tension extrême dans laquelle il était, lui donnaient chaud. Petit à petit ses membres engourdis se détendirent. Une sorte de torpeur le gagna. Il s’assit sur le sol et s’assoupit. En s’endormant, il savait que sa dernière heure était venue, et souhaita renaître loup.

*******

Une sensation de chaleur et une lumière vive lui firent ouvrir les yeux : un rayon de soleil, se glissant entre les branchages denses, tombait juste sur sa tête. Il mit un certain temps avant de comprendre que l’étrange chose noire qu’il voyait en permanence à quelques centimètres de sa figure était en fait sa truffe. C’est quand son regard se posa sur ses pattes poilues que la vérité lui apparut, tout incroyable qu’elle fût : il était devenu loup !

- Ah, te voilà réveillé !

Celui qui la veille encore était un petit garçon tourna un museau incrédule vers l’individu velu qui venait de lui parler.

- Allons, salue-moi ! Tu dois rabattre les oreilles et mettre ta queue entre tes jambes en signe de déférence à un supérieur hiérarchique ! C’est bien vrai ce qu’on raconte sur l’impolitesse des humains métamorphosés ! Ne t’inquiète pas, je t’expliquerai comment tu dois te comporter dans le groupe. Ce n’est pas bien compliqué, tu comprendras vite.

« C’est moi qui suit chargé de m’occuper de toi. Tout d’abord, comme tous les nouveaux hybrides, tu dois venir à la grande réunion pour qu’on te choisisse un nom.

- Euh… mais qu’est-ce qui s’est passé ? Comment ça se fait que je sois…

- Un loup ? Je ne sais pas trop… Ça arrive de temps en temps, nous recueillons les humains qui sont rejetés par les leurs. Sans doute as-tu fait un vœu ou quelque chose de ce genre.

- Et je vais rester comme ça tout le temps ?

- Ça ne te plaît pas ?

- Ben… En tout cas vous avez l’air plus accueillants que ceux de mon village.

Quand ils eurent rejoint la meute, le nouveau venu se demanda comment il pourrait distinguer toutes ces têtes poilues les unes des autres. Heureusement son tuteur avait une cicatrice sur le flan gauche qui permettait de l’identifier à coup sûr. Le chef de clan proposa qu’on appelle ce métamorphosé Le Villageois. Il n’y avait rien de plus logique. Tout le monde approuva. Puis on le chargea d’une mission. Plus exactement, il fut nommé, ainsi que son instructeur, parmi les dix aventuriers devant étudier un moyen de soutirer du bétail à la bergerie située en lisière de la forêt, à plus de douze lieues de son village natal. Autant dire qu’il n’y avait jamais mis les pieds.

Ils se rendirent sur les lieux afin d’élaborer leur stratégie suivant la configuration de l’endroit. Le voyage leur prit une grande partie de la journée. Ils débouchèrent peu avant le crépuscule devant une grande bâtisse en bois d’où sortaient maints bêlements.

La troupe de loups s’arrêta, passablement agacée d’arriver trop tard pour observer le berger rentrer ses bêtes, ce qui aurait permis de relever les failles éventuelles de la manœuvre. Pour l’instant, ils devaient se contenter de faire le tour du bâtiment dans l’espoir d’apercevoir des trous ou des fragilités de la paroi. Mais pas question de prendre la bergerie d’assaut avant d’avoir évalué la défense de l’adversaire et la qualité de son sommeil.

Tandis qu’ils guettaient ainsi leur future proie, des aboiements de chiens furieux retentirent un peu plus loin dans la nuit, là où ils avaient distingué, avant que le noir ne fût complet, les silhouettes échancrées des tours d’un château. Les lévriers hurlaient comme s’ils avaient vu passer une bête et qu’ils eussent voulu lancer leurs maîtres à ses trousses, mais les grilles baissées du château les empêchaient de sortir de la cour. Si c’était un renard, il avait dû filer entre les barreaux, et les chiens dépités poussaient à présent des gémissements.

Les aventuriers avaient fini leur exploration et se regroupèrent pour dormir. Le Villageois fut tout ému de se coucher contre ses désormais semblables. Il pensa que les animaux étaient peut-être bien plus humains que les humains eux-mêmes. Il fit des rêves poilus de courses dans les bois, de partage et de fraternité.

Ils se réveillèrent pour voir passer les bergers menant paître leurs bêtes, et les suivirent.

Alors que chacun était à son poste de guet, Le Villageois crut sentir une présence derrière lui. Inquiet, il se retourna vivement, mais n’eut que le temps d’apercevoir une feuille qui bougeait. Peut-être était-ce le vent. Ce qui était sûr, c’est que ça n’était pas un homme qui avait fait bruire le buisson, il n’y avait donc pas de danger. Les loups ne craignent rien d’autre que les hommes. Il reprit son observation.

Un peu plus tard dans la journée, la même impression revint. Cette fois, il eut le temps d’apercevoir une silhouette grise qui s’éloignait. Un autre loup ? Pouvait-il y avoir une meute ennemie dans cette partie de la forêt ? Quittant son poste, il suivit sa piste, sans prendre le temps de consulter ses frères. Il aboutit à une clairière fermée sur deux côtés par une paroi escarpée. Devant lui, une jeune louve blanche paniquée. Il était placé de telle façon qu’elle ne pouvait plus s’enfuir.

Il l’appela :

- Qui es-tu ?

- Tu parles ? s’étonna-t-elle.

- Ben oui, tous les loups parlent. Mais toi, tu as un accent humain… D’où viens-tu ?

- Du château de mon père, à moins d’une lieue à l’ouest. Il se trouve que je me suis disputée hier avec son ensorceleuse officielle… Je ne sais plus où aller, je suis à bout…

- T’inquiète, je vais te ramener chez les miens, tu verras, ils sont adorables.

Le Villageois retourna à son poste de guet, la louve blanche à ses côtés. Le soir, il la présenta à l’équipe. À l’unanimité, elle fut baptisée Blanche…

L’assaut de la bergerie fut fixé à deux heures avant l’aube. Tout se passa à merveille. On parvint à emporter cinq moutons avant que l’alerte ne fût donnée. Blanche et Le Villageois restèrent derrière pour faire diversion. Anciens humains, ils élaborèrent une stratégie idéale pour semer les hommes à travers les bois. Quand tout danger eut disparu, ils regagnèrent la meute.

Ils vécurent plusieurs années, heureux, parmi les loups. Blanche eut plusieurs portées. À tous leurs petits ils transmirent leur technique infaillible pour berner les humains.

*******

Un soir pourtant, le fils du roi, frère que Blanche avait quitté jouant aux billes, mais qui avait grandi et fortifié depuis, le fils du roi les accule dans la clairière même où ils s’étaient rencontrés pour la première fois. Il est seul, mais parvient à les assommer sans qu’ils comprennent comment. Puis il les ficelle et les ramène au château, si fier de sa prise.

Comme il expose le résultat de sa chasse dans la salle principale, l’ensorceleuse reconnaît la louve. Elle décrète que ces bêtes sont sacrées et que personne n’y portera la main. Elle réclame en outre de rester seule avec elles pendant quelques instants. On évacue la salle.

L’ensorceleuse se tourne vers Blanche :

- Alors, Mademoiselle ?

- J’ai compris mes torts, répondit la louve, et j’ai retenu la leçon.

- À présent je peux donc vous délivrer de ce maléfice.

À ces mots, Le Villageois se redresse.

- C’est vrai ? Vous pouvez nous rendre notre forme humaine ?

L’ensorceleuse hésite un instant, s’avance vers lui, esquisse un geste et reprend la parole.

- Oui, je crois qu’à toi aussi je peux rendre ton apparence d’homme.

Les yeux du loup brillent.

- Tu es fou ! s’écrie Blanche. Et nos compagnons ? Et nos enfants ? Ils ont encore besoin de nous ! Et puis les humains sont si méchants !

- C’est vrai que quand j’étais garçon, je n’ai vu que la cruauté et l’égoïsme, mais je garde un espoir fou au cœur, je veux trouver ma place parmi les hommes. J’ai été heureux d’être loup mais je sais tout d’eux à présent, je m’ennuie un peu. Je voudrais goûter à une autre sorte d’aventure…

- Eh bien moi je ne te suivrai pas ! Fais-en à ta guise, je reste louve !

Blanche s’enfuit.

- Il est encore temps de la rattraper, dit l’ensorceleuse.

- Non. Je veux être un homme. Libérez-moi de mon apparence.

Quelques incantations, un cercle tracé sur le sol, des gestes précis. Le Villageois se recroqueville sous l’effet d’une douleur venue du début des temps. Il perd ses poils, son corps se boursoufle…

À l’orée de la forêt, Blanche entend ses hurlements. Puis un grand silence. Elle détourne la tête et s’enfonce à travers les arbres.

*******

Dans une chambre du château, un jeune homme s’éveille. L’ensorceleuse lui apporte des vêtements. Il est un peu dégingandé et ses yeux sont perçants. Il a conservé quelque chose d’animal. Elle le trouve très beau. Mais elle est déjà si vieille…

Quelques jours plus tard, le jeune homme s’est enfui du château. Au fil du temps, il s’est bâti une petite maison en lisière de forêt. On dit que les loups y viennent souvent, surtout une belle louve blanche avec laquelle il s’entretient longuement à chaque fois. Les hommes aussi, vont en nombre demander conseil à cet Étranger empreint de sagesse. Entre son ermitage et ses voyages, entre les humains et les bêtes des bois sombres, il semble qu’il ait trouvé son équilibre, enfin.

12月4日

l'enfant des fées

Il était une fois trois petits féetauds qui suivaient leurs parents dans la forêt. Mais les arbres étaient denses et rapidement ils ne virent plus les adultes. Quand ils furent tout-à-fait perdus, ils crièrent aussi fort qu’ils le pouvaient, sans que personne vint à leur secours.
Le plus grand des trois dit aux autres :
-  Nous nous sommes faits rouler : cette balade n’était qu’une manœuvre pour se débarrasser de nous. Les temps sont durs dans les mondes enchantés. Les hommes ne croient plus en nous, et leurs maigres superstitions suffisent à peine à nourrir la collectivité. Comme nous sommes les derniers arrivés, c’est nous qu’ils ont sacrifié. Ils ne nous reprendront pas. Il ne nous reste plus qu’à se trouver chacun une place dans une famille humaine.
- Les humains ? Mais on ne les connaît pas ! Si ça se trouve ils ne vivent pas du tout comme nous ! Moi ça me fait peur…
-  Puisque vous avez la trouille, j’irai le premier. Je pars demain en quête d’un foyer.
Le lendemain, après avoir montré à ses deux cadets comment arracher les racines comestibles et faire un feu pour les manger, le plus âgé des trois fadeaux se mit en route.
Il marcha longtemps jusqu’à l’orée du bois. Une ribambelle d’enfants jouaient dans les fourrés. Le féetaud se joignit à eux et appris qu’ils étaient tous issus d’une même fratrie. Comme il se plaisait bien avec eux, il décida de rester. La mère fut un peu chagrine de cette bouche de plus à nourrir mais il était si beau qu’elle l’accepta sans faire de manières.
Cependant, au fil du temps, il se montra de plus en plus exigeant. Il réclamait toujours plus de nourriture et d’attention, méprisait ses frères et sœurs qui n’étaient que de simples humains, et commença à jouer des mauvais tours en se servant largement de magie pour arriver à ses fins ou punir ceux qui le décevaient.
Un jour qu’il avait transformé le chat en lion pour effrayer la brunette qui ne voulait pas lui céder son goûter, la mère, excédée, saisit son balai et le chassa dehors à grands coups dans le derrière en criant :
- Va-t’en, sale petit démon ! Je t’ai nourri de mon sein mais tu ne nous apporte que des malédictions ! Ne t’avise pas de remettre un jour les pieds ici !
Dépité, il s’en retourna auprès de ses frères fadeaux dans la forêt.
Ceux-ci l’accueillirent à bras ouverts :
- Alors, raconte ! Comment c’est là-bas ? Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
Il leur relata d’une manière plus ou moins objective ses aventures. Le deuxième en conclut :
- Ils t’ont chassé parce que tu as été égoïste et arrogant, mais dans le fond ils sont gentils et accueillants. Moi, je crois que je peux faire mieux que toi. Je pars demain à mon tour en quête d’un foyer.
Et tandis que le plus grand des fadeau tâchait de se réaccommoder d’un repas à base de racines sauvages, le second s’éloignait vers une meilleure étoile.
Il s’aventura plus loin que l’orée des bois, jusqu’à un square de petite ville où il prit part au jeu d’une fillette qui lui semblait sympathique. Pour lui être agréable, il lui offrit des friandises qui étaient en fait des feuilles mortes qu’il venait de transformer en cachette. Il avait bien retenu la leçon de son aîné : surtout, se montrer gentil et généreux si l’on veut se faire accepter chez les humains.
La famille de la fillette l’accueillit avec chaleur. Malgré son très jeune âge, il était toujours prêt à rendre service et réalisait comme par magie la plupart des tâches ménagères quand personne n’était là pour le voir. Il avait toujours des tas de sucreries qu’il distribuait avec largesse à ses camarades et à sa sœur d’adoption.
Il advint qu’un jour le père eut un revers de fortune. Il expliqua à ses enfants qu’ils allaient devoir quitter la maison et le jardin pour habiter dans un méchant petit appartement. Le jeune fadeau, voyant toute la famille en désarrois, compris qu’il était question d’argent et, s’emparant du sac poubelle qui attendait sagement sur le perron d’être mis à la benne, en changea tout le contenu en or, qu’il porta fièrement dans le salon. Chacun le dévisagea, surpris. Il compris qu’il venait de faire un faux pas et tenta d’inventer un bobard qui ne tint pas. On garda la maison, et la famille lui fut reconnaissante, mais un climat de suspicion s’était installé. En le voyant ils se disaient “il nous a fait du bien par sa magie, mais si un jour il se vexait, il pourrait nous faire cent fois plus de mal”. Ils se mirent à avoir peur de lui, le fuirent. Le petit féetaud, soudain isolé, pensa qu’il n’y aurait jamais moyen de rétablir la confiance et préféra s’en retourner dans la forêt auprès de ses frères de sang.
Ceux-ci l’accueillirent à bras ouverts. Il leur raconta ses aventures. Le plus jeune en conclut :
- En somme, pour se faire accepter, il faut être aimable, mais si l’on montre ses dons on se fait rejeter. Fort de ses deux principes, je crois pouvoir me faire adopter durablement dans une famille d’humains. Je pars demain en quête d’un foyer.
Il s’en fut donc le lendemain. Il marcha bien loin, pendant des jours et des jours, jusqu’à être recueilli par un couple. Là; il joua à merveille son rôle d’enfant. Il égayait la maison de ses babillages gentils et de ses questions naïves. Il émanait de lui une sorte d’aura qui illuminait les cœurs et qui attirait la chance, mais très discrètement. Personne ne pouvait soupçonner qu’il était de la race des fées, seuls quelques voisins médisants, devant le soudain bonheur des jeunes parents, se hasardèrent à dire que le soleil qui brillait autour d’eux n’était pas naturel… Ce en quoi ils se trompaient, car les fadeaux ne sont rien moins que des enfants de la nature. Il grandit, tranquillement, comme un fils d’humains qu’il était devenu, dans sa nouvelle famille. Et tout ce petit monde vécut heureux.


11月10日

un prince vraiment charmant

Il était une fois un prince charmant qui ne parvenait pas à trouver femme.

Il allait de tournois en tournois dans l’espoir d’emporter la main d’une fille de roi, mais chaque fois il était débouté. Il chutait de son destrier au premier assaut, et sous les huées de la foule devait s’enfuir jusqu’à sa tente. Là il attendait que les clameurs se taisent, que les combats reprennent, puis il rassemblait ses effets et filait en quatrième vitesse vers le prochain château recelant une fille à marier.

Un jour il en eut assez de toutes ces princesses juchées sur leur piédestal, regardant leurs prétendants se déchirer pour leurs beaux yeux, attendant que l’un d’eux se montre digne d’elle.

- Mais qui nous dit qu’elles sont dignes de nous ? pensa-t-il, si ça se trouve on s’écorche pour des filles qui ne valent pas un clou.

Alors il décida d’organiser son propre concours, où se seraient les princesses qui devraient faire leurs preuves, pour une fois.

Il engagea un héraut qui s’en alla de par le pays diffuser le message qui suit.

- Oyez, braves gens, oyez. Le prince de Piétencap donnera sa main et son royaume à celle qui parviendra à surmonter les épreuves dont il a décidé. À savoir : une longue marche à travers la forêt profonde à la recherche des fragments du miroir-aux-lendemains. Puis lorsque tous les fragments seront assemblés, l’épreuve suivante consistera à s’y regarder. Enfin pour les dernières en lice, il faudra confectionner pour le prince un tissu des plus fins qui soient afin de lui faire le plus bel habit du monde. Nous vous attendons nombreuses au domaine de Piétencap à partir de mercredi. Les épreuves débuteront le lendemain. Les pique-nique sont fournis.


La plupart des personnes qui répondirent à l’appel n’étaient à première vue pas vraiment du goût du prince. Il s’agissait en grande majorité de princesses trop laides ou contrefaites pour attirer les prétendants, et puis beaucoup de mendiantes venues tenter leur chance. Le prince se rassura en se disant que celle qui réchapperait à toutes ses épreuves serait quelqu’un d’agréable à vivre. Il décida cependant de débuter la recherche en forêt au coucher du soleil, histoire d’en faire déjà fuir certaines.

Il rassembla donc les prétendantes à six heures le jeudi soir devant son château pour leur indiquer l’itinéraire à suivre, en précisant que celles qui ne seraient pas de retour avec leur morceau de miroir le lendemain avant midi seraient déclarées défaillantes et éliminées du concours.

Pour aller du domaine de Piétencap à la forêt profonde, il fallait traverser un petit village. Sur la place de l’église, sous une vieille statue, une jeune fille semblait attendre quelque chose. Elle avait un air si triste que l’une des concurrentes désargentées, prenant pitié, vint lui proposer de participer à la recherche avec elle, pour lui changer les idées. La triste jeune fille regarda la mendiante d’un œil absent et, comme si elle ne savait plus ce qu’elle attendait là depuis si longtemps, la suivit.

Elles pénétrèrent dans la forêt comme le soleil disparaissait derrière l’horizon. Les arbres bruissaient de cris de chats-huant et autres créatures de la nuit. Le feuillage était si dense que la clarté de la lune ne le transperçait pas : les deux jeunes filles se retrouvaient prisonnières des ténèbres au milieu des bêtes sauvages et affamées. La mendiante saisit la main de la jeune fille triste pour ne pas la perdre et pour se rassurer. Celle-ci lui dit :

- J’ai passé tant de nuits à attendre au pied de la statue, des nuits claires mais aussi des nuits sans lune, des nuits de tempête ou de brouillard, que j’ai acquis la capacité de voir dans le noir. Fais-moi confiance, je te guiderai au milieu de la forêt, là où nous trouverons les fragments du miroir.

Par un phénomène étrange, les loups semblaient les éviter, elles n’en rencontrèrent aucun. Après de longues heures de marche dans la pénombre, le froid et la crainte, la mendiante eut l’impression que l’air s’éclaircissait. Elle distingua des formes végétales clairsemées sur le sol, et parmi elles, quelque chose qui ressemblait à des éclats de faible lumière. La jeune fille triste lui pressa la main :

- Regarde, nous sommes arrivées là où jadis la reine délaissée brisa son miroir. Les éclats en gisent encore sur le sol. C’est cela que nous devons ramasser.

Elles en prirent un chacune puis reprirent la route en direction du château.

L’aube pointait quand elles atteignirent l’orée de la forêt. Il y avait là des femmes qui avaient passé la nuit à attendre le jour et qui se mettaient en route, pensant avoir le temps de trouver un morceau de miroir et revenir au château avant le douzième coup de midi. Pas bécheuses, les deux jeunes filles leur indiquèrent le chemin. D’autres femmes revenaient bredouilles ou blessées, certaines étaient parvenues à ramener leur fragment.

À midi, les neufs débris du miroir-aux-lendemains étaient rassemblés dans la cour du château de Piétencap. On les plaça côte-à-côte et ils se ressoudèrent comme par magie.

Les neufs personnes qui avaient réussi la première épreuve se mirent en file pour se regarder dedans.

La première à s’en approcher avait eu une main arrachée par un loup au cours de la nuit. Elle se vit dans le miroir avec un membre gangrené et des médecins lui demandant la permission d’amputer au niveau de l’épaule. Elle vomit et s’enfuit en courant.

La deuxième fut notre mendiante. Son reflet la montrait toute ridée, plus ridée que personne ne pourrait l’imaginer, complètement édentée, avec de très longs cheveux blancs. Passé le premier choc de cette vérité crue, elle remarqua que ses vêtements étaient somptueux et fut enchantée. Elle trouva que ses cheveux paraissaient presque argentés et que cette vieille femme avait une certaine beauté. Elle portait en outre une grande broche en forme de chouette en guise de fermoir de son manteau brodé.

- Je vais vivre très vieille, sage et riche, se dit-elle, que rêver de mieux ? Et elle s’éloigna avec le sourire aux oreilles.

La jeune fille triste s’avança à son tour. Elle se découvrit allongée dans un lit tout de velours tendu, plusieurs enfants l’entouraient, dont un nouveau-né. Une grande et belle dame s’approchait et d’elle, lui prenait la main pour l’aider à se lever, et elles s’éloignaient ainsi toutes les deux, bras-dessus, bras-dessous.

On eût dit que cette vision lui apportait tout-à-coup du réconfort. Elle rejoignit son amie mendiante, moins triste qu’auparavant.

La candidate suivante s’évanouit en se découvrant vieille et ridée dans le miroir-aux-lendemains.

Celle d’après fit semblant de n’être pas affectée par cette vision.

Le reflet suivant montrait deux vieux hommes se tenant la main. Le prince dévisagea la candidate et s’aperçut qu’elle avait de la moustache qui pointait. C’était un travesti qui n’avait pas prévu qu’il n’aurait pas l’occasion de se raser tous les matins pendant les épreuves. Le prince lui expliqua qu’il n’avait rien contre les invertis mais qu’il avait besoin d’un héritier, de plus le mariage entre hommes n’était pas encore autorisé dans ce royaume.

Enfin des trois dernières, l’une se vit chercheuse d’or au Nouveau Monde et partit sur-le-champ s’embarquer sur un voilier, l’autre se vit mariée à quelqu’un qui ne ressemblait pas du tout au prince, et la troisième ne supporta pas l’image de sa vieillesse.

Restaient donc trois jeunes femmes en lice.

Le prince de Piétencap les fit emmener dans une pièce où se trouvaient d’immenses tas de fibres brutes de toute sorte, des fuseaux, des rouets, des métiers à tisser et des nécessaires à couture. Il leur rappela que l’ultime épreuve consistait à fabriquer le plus bel habit du monde dans le plus fin tissu qui soit.

La troisième femme et la mendiante attrapèrent chacune un fuseau et commencèrent à filer aussi finement qu’elles le pouvaient.

Mais la jeune-fille-plus-tout-à-fait-triste sortit un fuseau d’or de sa poche et chanta une chanson. Le fil qui sortait de ses mains était si fin qu’on le voyait à peine, et il était en or aussi. La mendiante lui demanda :

- Comment fais-tu cela ?

- C’est un fuseau magique que je tiens de ma bonne marraine. Veux-tu que je te le prête ?

- Non merci, tu es gentille, mais ce serait tricher : il est à toi.

Puis vint le temps de tisser le fil pour en faire de belles toiles. La troisième femme et la mendiante s’assirent chacune à un métier et commencèrent à passer leur navette en maintenant les fils aussi serrés qu’elles le pouvaient.

Mais la jeune-fille-plus-tout-à-fait-triste sortit une navette d’or de sa poche et chanta une nouvelle chanson. La toile qui sortait de son métier était si fine qu’on voyait au travers, et elle paraissait solide. La mendiante lui demanda :

- Comment fais-tu cela ?

- C’est une navette magique que je tiens de ma bonne marraine. Veux-tu que je te la prête ?

- Non merci, tu es gentille mais ce serait tricher : elle est à toi.

Enfin arriva le moment de confectionner le manteau destiné au prince. La troisième femme et la mendiante se munirent chacune d’une aiguille et commencèrent à coudre aussi habilement qu’elles le pouvaient.

Mais la jeune-fille-plus-tout-à-fait-triste sortit une aiguille d’or de sa poche et chanta encore une autre chanson. L’habit qui se créait sous ses doigts avait une forme si raffinée que sans aucun doute il épouserait exactement le corps du prince. Cette fois-ci la mendiante ne posa pas de questions. Elle ramassa un peu du fil d’or que la jeune fille n’avait pas utilisé et broda le manteau qu’elle avait fait.

Elle fut longue à la besogne. En attendant qu’elle eut fini, les deux autres sortirent se promener. Mais à peine la jeune fille s’était-elle engagée dans une allée du parc, que la troisième femme revint à l’atelier. La mendiante était tellement absorbée dans son travail de broderie qu’elle ne s’aperçut pas de sa présence. La perfide femme échangea le manteau grossier qui se trouvait dans son panier avec celui, splendide, qui était dans la corbeille de la jeune fille. Puis elle termina sa promenade comme si de rien n’était.

La mendiante n’était pas peu fière de l’habit qu’elle avait confectionné et fut encore plus heureuse de voir que le prince le regardait avec admiration. Bien que fait de toile assez quelconque, les broderies de fil d’or qui l’ornaient lui donnaient une majesté vraiment digne d’un monarque.

Puis ce fut au tour de la jeune-fille-plus-tout-à-fait-triste de présenter son ouvrage. Mais ce qu’elle sortit de sa corbeille n’était qu’une pièce grossière et informe. Le prince ne lui accorda pas même un regard et la jeune fille, abasourdie, s’assit par terre en pleurant.

C’est alors que la troisième femme apporta le manteau magnifique. Le prince fut subjugué, enfila l’habit, prit la femme par la main et s’apprêtait à la demander en mariage quand la mendiante lui fit remarquer un accroc qu’il y avait en bas du vêtement.

- Si c’est vraiment cette femme qui l’a tissé et cousu, remarqua-t-elle, elle doit être aussi capable de le réparer sans que cela se voie. Ordonnez-lui donc de le faire devant nous.

- Je ne comprends pas pourquoi vous demandez cela, mais j’accepte votre requête, déclara le prince, puis se tournant vers celle qu’il tenait par la main :

- Madame qui avez fait cet ouvrage, veuillez le réparer, je vous regarde.

La femme fut bien en peine de produire quelque chose de joli. Elle prétexta que le regard du prince la troublait. Mais la jeune-fille-de-nouveau-plus-tout-à-fait-triste, proposa de réparer à sa place.

Le prince comprenait de moins en moins ce qui se passait car elle sortit son aiguille d’or et en chantant fit une réparation tellement discrète que personne n’aurait pu la deviner. Pendant ce temps la mendiante était allée voir dans la corbeille et y avait trouvé, pris dans l’osier, le morceau de tissu arraché lors du vol. Elle le montra au prince qui en un éclair se figura toute l’affaire. Il prit la main de la jeune fille, maintenant tout-à-fait heureuse, y posa les lèvres et la demanda en mariage, puis il condamna l’autre femme à tisser des orties tout au long de sa vie.

La jeune fille demanda que la mendiante soit sa demoiselle d’honneur et qu’elle reste auprès d’eux au château. Et comme le fuseau, la navette et l’aiguille savaient travailler tout seuls, leur cour fut la mieux habillée et la mieux parée de tous les temps.

10月9日

je, la fille au chapeau rouge

Ce matin je me suis levée avec le soleil. J’adore ça : dès que le printemps revient j’omets volontairement de fermer mes persiennes. Le jour entre petit à petit dans ma chambre jusqu’à venir caresser mes yeux, alors je me réveille, et toujours de bonne humeur !
Je suis descendue sans bruit dans la cuisine. Maman était occupée au lavoir, c’est le jour de la grande lessive. Elle m’avait laissé sur la table un bon petit déjeuner et un morceau de papier sur lequel elle avait écrit les instructions pour la journée. Elle me priait d’aller porter des vivres à Mamie qui est au lit depuis quelques jours.
Moi, les balades, j’aime ça. C’est toujours mieux que de faire la lessive. J’ai pris mon manteau, mon sac à dos, mon chapeau rouge, et je suis allée à l’arrêt de bus.
Ça fait déjà un quart d’heure que je l’attends ce fichu bus. Ça fait beaucoup de retard un quart d’heure. Ce qui est embêtant, c’est qu’il ne passe que deux fois par jour. Une fois le matin à dix heures, c’est-à-dire maintenant, et une fois le soir à dix-sept heures. Il faut absolument que je sois chez Mamie avant le déjeuner, sinon que va-t-elle manger ? Tant pis, je pars à pied. Après tout il n’y a qu’un bois à traverser, j’en ai tout au plus pour une heure, en comptant large, je serai à temps pour le déjeuner.
C’est bête que j’y aille toujours en bus d’habitude, ce chemin est si joli. À force de vouloir toujours gagner du temps on passe à côté des bonnes choses… Le sentier est souple sous mes souliers, l’herbe est douce à mes yeux. Il y a plein de papillons qui volettent en tous sens, ça fait des éclats de couleur partout dans les airs.
Il y a aussi un drôle de type un peu plus loin devant moi. On dirait qu’il m’a vue, il ralentit. Il m’adresse la parole.
- Bonjour joli demoiselle, où allez-vous donc ainsi ?
Qu’est-ce que ça peut te fiche, sale dragueur ! Bon, ça ne m’engage à rien de répondre.
- Je vais chez ma grand-mère au Clos-boisé, et je n’ai pas le temps de discuter, il faut que je sois chez elle avant midi pour lui préparer le repas.
- Le Clos-boisé ? Ah oui je connais ! Mais vous n’êtes pas sur le bon chemin là. Prenez à droite, ce sera plus rapide.
Plus rapide ? Il me semblait pourtant… Mince, à force de prendre le bus je ne me souviens plus. Allez, va pour ce chemin-là.
Pfou, qu’est-ce que c’est long ! Le drôle de type m'aurait-il roulée ? J’ai l’impression de marcher depuis des plombes. N’arriverai-je jamais ? Ah, si, j’aperçois la façade rose de la résidence. La porte d’entrée est fermée évidemment… Voilà l’interphone.
- Mamie, c’est moi !
- Tire la chevillette et la bobinette cherra !
- Quoi ?
- Non, je veux dire : troisième étage à gauche.
Louftingue la Mamie… Je me demande si ce n’est pas un Alzheimer qu’elle nous fait là…
Mince comme ça blaire chez elle !
- Bonjour Mamie, je t’ai apporté le déjeuner. Mais permet-moi d’abord d’ouvrir la fenêtre, ça sent le fauve ici !
- Merci. Je n’ai pas très faim… J’ai froid par contre, viens dans mon lit me donner un peu de ta chaleur.
Oh non, pas ça ! La Mamie toute pisseuse, c’est dégoûtant ! Elle est tout-de-même sacrément enrouée.
- Viens, j’ai froid, viens ! N’as-tu point pitié de ta pauvre aïeule ?
Flûte je ne peux pas y couper. Elle est encore plus laide de près.
- Mamie, soit dit sans te vexer, je n’avais jamais remarqué que tu avais des mirettes si globuleuses.
- C’est pour mieux te regarder mon enfant !
Oh c’est bon c’est pas la peine de prendre ce ton avec moi. Cette phrase me fait froid dans le dos. À quoi elle joue ?
- Et puis tes oreilles, elles sont grandes comme mes paluches.
- C’est pour mieux t’entendre mon enfant.
Mince, elle ne s’est pas épilée depuis un siècle ! Qu’est-ce que je suis venue fiche dans ce lit ? Il faut que je sorte, je vais vomir. Mais elle a passé ses bras autour de moi, je ne peux plus sortir, quelle poigne elle a ! Elle ricane et je vois ses dents, elles sont immenses ! Elle me fout la frousse !
- Dis-donc ton prothésiste dentaire il s’est pas fichu de toi ! À quoi te servent des chicots aussi grands ?
- Mais… c’est pour mieux te croquer mon enfant !
- Aah ! Mamie ! Lâche-moi ! Mais qu’est-ce que tu fais ? Aïe ! Arrête ! Non ! Lâche-moi ! Mais aïeuh ! Au secours ! Au secours ! Arrête ! À L’AIDE !!! C’EST PAS MA MAMIE !! À MOI, QUELQU’UN !!!
Oh non…




8月29日

ce soir j'attends Madeleine, j'ai apporté du lilas

Il était une fois une petite fille qui vivait seule avec son père. Bien que n'étant pas très riches, ils étaient heureux tous les deux. Le père était berger. Tous les jours, il menait ses bêtes au champ, et la fillette restait à la maison faire du fromage, filer la laine, tisser et coudre des habits qu'elle vendait au marché.
Un soir, son père lui dit :
- Mon enfant, demain nous recevront une belle dame que j'ai rencontrée tout-à-l'heure. Je veux que tu laves la maison de fond en comble, que tu accroches des tentures aux murs, que tu sortes les couverts d'argent et que tu prépares un bon repas. Puis, quand l'angélus sonnera, tu iras attendre cette dame sous l'églantier au croisement des chemins et tu la mèneras ici.
- Bien mon père, c'est entendu.
Le lendemain la fillette fit comme il lui était demandé. Et quand, à l'angélus, elle vint trouver la gente dame, elle fut aussitôt charmée par ses manières et son apparence.
Le souper se termina fort tard car chacun était joyeux et personne n'avait envie de se coucher. Enfin, au moment de s'en aller, la belle dame s'approcha de l'enfant et lui souffla à l'oreille :
- Je sais que c'est toi qui as préparé la maison. Tu t'es donné beaucoup de mal. Accepte ce fuseau d'or en présent, il t'aidera dans ton travail.
La petite fille remercia chaudement, puis la dame disparut dans la nuit.
Une semaine plus tard, le père dit à sa fille :
- Mon enfant, demain nous recevront à nouveau la belle dame. je veux que tout soit encore plus beau que la dernière fois.
- Bien mon père, c'est entendu.
Et le lendemain la fillette fit tout son possible pour rendre la maison somptueuse. Elle prit le fuseau et se mit à chantonner une complainte que la gente dame leur avait apprise lors de son dernier dîner avec eux. Aussitôt le fuseau s'échappa deses mains et fila tout seul un fil d'or qui recouvrit tous les couverts et les meubles, si bien que l'on eût dit que ces couverts et ces meubles fussent d'or plein. Voyant cela, la petite fille fut tout heureuse et s'en alla attendre son invitée sous l'églantier.
Le père arriva un peu plus tard. Ils firent bonne chère tous les trois, rièrent, dansèrent, pus au moment de partir la belle dame glissa encore à l'oreille de la fillette :
- Tu t'es encore donné beaucoup de mal pour préparer la maison. Laisse-moi t'offrir cette navette d'or en remerciement du repas de ce soir.
Puis elle disparut dans la nuit.
Une semaine passa, pusi le père annonça à nouveau à son enfant la venue de la grande dame.
La petite fille demanda au fuseau de filer de l'or comme la dernière fois, puis, en chantant une autre complainte apprise de sa bienfaitrice, elle mit en action la navette qui tissa d'elle-même des tentures chatoyantes et des tapis moelleux. Pendant ce temps la fillette préparait des mets rares qu'elle avait pu acheter en vendant le fil d'or. Puis à l'angélus elle alla attendre la belle dame sous l'églantier.
Le père arriva un peu plus tard. Ils goutèrent avec délices aux plats extraordinaires, chantèrent, s'amusèrent, puis ce fut l'heure de dormir. la belle dame s'approcha une fois encore de l'oreille de l'enfant et chuchotta :
- encore une fois merci ! Cette fois-ci, accepte cette aiguille d'or qui t'aidera dans tes travaux de couture.
La fillette la suivit des yeux dans la nuit puis la perdit de vue sans comprendre comment.
La semaine suivant le même jeu recommença. Le fuseau fila du fil d'or que la navette tissait, pusi l'aiguille en faisait de somptueux vêtements et ornements.
La belle dame arriva comme de coutume sous l'églantier à l'angélus, et ils festoyèrent fort joyeusement. Mais lorsqu'il fut l'heure de se quitter, la fillette proposa :
- Laissez-moi vous raccompagner, la nuit est si sombre ce soir, je ne voudrais pas que vous vous perdiez.
la gente dame refusa et le père retint sa fille par l'épaule :
- Ne t'avise surtout jamais d'essayer de la suivre, cela nous porterait malheur.
le temps s'écoula ainsi, les semaines ponctuées par les festins de la belle dame.
Puis un jour le père dut partir en voyage de l'autre côté des montagnes. Peut-être fut-il attaqué en cours de route par des brigants ou dévoré par l'ogresse qui, dit-on, habite là-bas, toujours est-il qu'il ne revint pas.
La petite fille était triste mais continuait à festoyer avec la belle dame. Le reste de la semaine elle pleurait en sortant les moutons, pleurait en caillant le fromage et pleurait en filant la laine. Elle était rongée par la solitude.
un soir, elle supplia la grande dame :
- Emmenez-moi avec vous ! Ne me laissez plus seule ici...
- Je le regrette vraiment, mais c'est impossible.
- Pourquoi ? Qui êtes vous en vérité ? Que faites-vous le reste du temps ? Pourquoi ne pourrais-je pas vous être utile ? Est-ce dangereux là où vous habitez ?
- Ne me demande rien s'il te plaît, c'est impossible, c'est tout.
Mais la fillette ne voulait pas en rester là. Elle sortit dans la nuit aussitôt après la belle dame et mit ses pas dans les siens. Elle la vit revenir à l'églantier et devenir soudain étincelante. Elle croisa son regard et entendit sa voix furieuse crier "malheureuse ! tu as rompu l'enchantement", avant qu'elle ne se transforme en étoile et regagne sa place das les cieux.
Depuis lors, toutes les semaines, ont peut apercevoir la petite fille qui s'asseoit sou l'églantier à l'heure de l'angélus et qui attend, attend, attend...
5月30日

sur le chemin des Indiens

En ce moment je fais des recherches de contes et légendes indiens pour en inclure un dans un conte à balader que je compte raconter à Crozon pendant ma fête.
Sur les bords de l'avenue Saint Jean-Baptiste de la Salle, il y a des arbres plantés. Le trottoir est divisé en deux parties : côté piétons, c'est du bitume, côté arbres, c'est du sol naturel (une espèce de terre jaune assez sableuse).
Il y a quelques jours, marchant le nez par terre (j'aime bien marcher soit le nez par terre soir le nez en l'air), j'avais vu un coeur en pierre, que j'ai ramassé. Personne autour de moi n'a su me dire si c'était une forme naturelle ou taillée de main d'homme dans l'ardoise, et d'où venait-elle donc, pour se retrouver sous les arbres de Saint Jean-Baptiste ?
Ce matin, toujours le nez par terre, j'ai vu une flèche dessinée avec des brindilles d'arbres. Ca ressemblait à une piste d'Indiens. Je ne sais pas si c'était intentionnel, le tracé était un peu brouillé, cela peut être dû au vent qui aura fait ainsi tomber les bouts d'arbres... Je n'ai pas suivi le chemin qu'elle indiquait car j'avais cours (M. Gaborieau, le cours sur la technique, le plus intéressant cours de cette année).
Qui sait où elle m'aurait menée ?
 
5月26日

un peu de poudre de mandragore dans la farine de froment

Il avait les mains engluées de pâte. Ses bras étaient engourdis, presque tétanisés à force de pétrir.
Il voulut reprendre la boule pour la rouler sur ses doigts afin qu'elle agglutine tous les résidus.
Il était épuisé et sa vue commençait à se troubler. Il avait l'impression que la boule grossissait et lui recouvrait entièrement les mains.
Il secoua la tête comme pour chasser les ténèbres qui s'y installaient. L'impression demeura. Un malaise grandit en lui, en même temps que la boule de pâte.
C'est un rêve, réveille-toi. Tu as trop travaillé, tu es fâtigué, c'est une hallucination. Calme-toi, respire.
La boule grossissait. Il lui semblait presque percevoir une respiration de cet amas collant. Il avait tous les avant-bars pris, sa liberté de mouvement diminuait de secondes en secondes. Il paniquait.
Calme-toi, calme-toi ! Dans les sables mouvants il suffit de se laisser aller et de faire la planche.
La pâte commençait à lui entourer le ventre.
Ce n'est pas possible, c'est un cauchemar, réveille-toi !
La vieille ampoule se balançait dans la pièce sombre, jetant une lueur jaunâtre sur les sacs de farine entassés. Les ombres tanguaient à ce rythme, dessinant comme une mélopée silencieuse, un enchantement maléfique et inexorable.
L'odeur du pain non cuit lui emplissait les narines. Il ne pouvait plus respirer. La pâte lui recouvrait tout le corps, il n'était plus qu'une immense boule gluante.
Il poussa un dernier cri muet avant de s'effondrer, inconscient, sur la margelle du four. Cela fit un bruit mou.
5月16日

aiguilleuse d'âmes ?

Hier, sur le trajet habituel qui va de Saint-Jean Baptiste à la fac de Villejean (à tout casser ça fait 600 mètres), un petit gars me demande où se trouve la résidence Saint-Jean Baptiste de la Salle. "C'est juste là monsieur". Puis sur le chemin du retour, je rencontre deux étudiantes cherchant le RU.
Ce matin, partant en cours, une voiture s'arrête à ma hauteur, dont les occupants étaient en quête du centre Eugène Marquis, à l'hôpital Pontchaillou juste à côté de la fac. Cet aprèm, une dame qui cherche la station de métro, et cinquante mètres derrière elle, un homme au fort accent étranger, qui déccroche de son portable juste pour me demander exactement la même chose que la dame...
Cinq fois en deux jours... ça commence à faire beaucoup... Est-ce une sorte de signe ? Suis-je une aiguilleuse qui s'ignore ?
4月8日

vision

Tout à l'heure, j'attendais le bus. Le temps était couvert mais bon, la foule s'agitait paisiblement place de la République.
Un vieux monsieur, sur une vieille bicyclette, en vieux caban datant de la guerre, avec une bonne vieille tête de vieux monsieur digne et synpathique, passe sur le trottoir, s'approche de la corbeille près de l'abri-bus, y jette un coup d'oeil furtif, et repart comme il était venu.
Etait-ce un Résistant attendant un message secret ? Attend-il ce message important depuis la guerre de 40 ? Passe-t-il tous les jours ainsi vérifier que le colis n'est pas arrivé ? ...
Bien à vous
Lili
3月19日

les bergères épousent-elles les princes ?

 

Dans une forêt profonde vivait une jeune bergère, douce et gentille. Elle était en charge des bêtes du royaume, et ses jours se passaient dans une solitude paisible qu’elle occupait à contempler la nature et à soigner ses animaux.

Il advint qu’un soir, alors qu’elle ramenait les moutons à l’étable, elle croisa sur le chemin le fils du roi, qui était beau comme le jour et charmant comme la nuit.

- Que faites-vous donc en cette forêt si sombre à cette heure tardive, jeune damoiselle ? Ne craignez-vous point d’y rencontrer quelque loup ? Souffrez que je vous accompagne jusqu’aux portes de votre logis.

La jeune fille accepta. Le chemin lui fut fort agréable en une telle compagnie. Ils causèrent innocemment de diverses choses du monde, mais le prince était charmant, s’entend, et elle en conçut un grand amour. Lorsqu’ils arrivèrent à sa maisonnette, le jeune homme reconnut les lieux.

- C’est la bergerie de mon père, s’écria-t-il. Regardez, par ce chemin il ne faut pas un quart de lieue pour arriver au palais !

En effet, tendant le regard, la demoiselle aperçut la silhouette des hautes tours du château, qui s’élevaient derrière les arbres.

Puis il prit congé.

Dès lors elle oublia de contempler la nature et, tout en continuant à prendre soin de son troupeau, elle n’eut plus de cesse que de s’approcher au plus près du palais dans l’espoir d’entrevoir le prince. Parfois elle l’y rencontrait, et leur conversation la remplissait de grâce. Mais chaque fois elle retournait seule à sa maisonnette et s’endormait en soupirant de solitude.

Un jour qu’elle était au village un hérault vint déclamer une annonce invitant tous les jeunes gens du royaume au grand bal prévu à l’occasion des noces du fils du roi avec une princesse du voisinage. En entendant cela, elle crut que son cœur allait se rompre. Elle rentra chez elle au plus vite et reporta tous ses soins sur ses moutons dans l’espoir d’oublier tout le reste. Elle s’occupa d’eux mieux que jamais mais les pensées tournaient en rond dans sa tête et elle fondit en larmes en peignant la laine de sa plus belle brebis.

- Ne sois pas triste ma maîtresse, lui dit l’animal. Le prince qui possède ton cœur ne fait pas attention à toi, mais tu es gentille : en te mettant un peu en valeur tu pourrais le séduire à ton tour. Prends mon lait, fais-en un fromage, le meilleur que tu aies jamais fait, et va le lui offrir. Ensuite, reviens me dire ce qu’il en est.

Ce qui fut dit fut fait. La bergère fit le plus beau fromage qu’on ait jamais vu et alla le porter au château.

C’était le premier soir du bal. Le prince était attablé avec sa promise. Ils partagèrent le fromage avec joie et gourmandise, remercièrent la jeune fille puis retrounèrent à leurs bavardages amoureux comme si elle n’avait pas existé. Elle revint en pleurant à la bergerie.

La voyant dans cet état, la brebis lui dit :

- Ne sois pas triste ma maîtresse. En te mettant encore en valeur tu pourrais séduire ton prince. Il ne suffit pas d’être gentille, il faut être jolie aussi. Prends ma laine, fais-en une étoffe, la plus belle que tu aies jamais tissée, tailles-y une robe digne d’une reine et retourne au palais. Invite le fils du roi à danser, il ne pourra qu’être charmé. Ensuite, reviens me dire ce qu’il en est.

Ce qui fut dit fut fait. Il sortit des mains de la demoiselle un vêtement tellement éblouissant qu’on devait détourner son regard lorsqu’on la croisait, sous peine de demeurer aveugle.

Le lendemain soir lorsqu’elle arriva au bal, tous les jeunes seigneurs s’empressèrent de l’inviter à danser. Le prince lui prit la main en acceptant une valse.

- Vous êtes magnifique, lui dit-il. Je suis fier d’avoir à mon service la plus belle bergère du monde. Dès que je serai marié je songerai à vous trouver un époux parmi mes plus preux chevaliers.

Puis la musique s’arrêta et il reprit sa place auprès de sa promise, sans plus faire attention à celle qu’il avait fait tourner quelques instants plus tôt.

Elle revint en pleurant à la bergerie. La voyant dans cet état, la brebis lui dit :

- Ne sois pas triste ma maîtresse. En te mettant plus en valeur tu pourrais séduire ton prince. Il ne suffit pas d’être gentille et jolie, il faut être digne d’intérêt aussi. Prends mon cerveau, fais-en un ragoût, le plus fin que tu aies jamais cuisiné. Mange-le et tu acquièreras mon intelligence. Va trouver le fils du roi et fais-lui la conversation. Alors il sera complètement amoureux.

La bergère, horrifiée à l’idée d’abattre sa plus belle et plus sage brebis, rechigna beaucoup, mais l’animal réussit à la convaincre. Ce qui fut dit fut fait.

Le lendemain soir elle vint s’asseoir auprès du fils du roi alors que sa promise dansait avec un grand seigneur. Ils parlèrent pendant de longues minutes. Le prince était admiratif des propos que tenait la jeune femme.

- Vous seriez digne d’être ma conseillère, lui dit-il, je vais vous offrir un bureau près de celui de mon père, ainsi vous connaîtrez déjà toutes les affaires du royaume lorsque viendra mon tour de monter sur le trône.

La bergère accepta cette nouvelle fonction, au grand plaisir du roi qui était charmé d’avoir désormais à son service une demoiselle si gentille, si jolie et si vive d’esprit. Mais son fils n’avait toujours d’yeux que pour sa promise.

Le jour des noces, la jeune conseillère fut priée de prendre place aux côtés du roi pour assister à la cérémonie. Le prince était resplendissant de bonheur et son regard s’éclaira quand entra la mariée. La petite bergère se recroquevilla sur son banc. Non, elle n’aurait pas sa place dans ce bonheur-là.

Elle se demanda soudain ce qu’elle faisait en ce lieu. Elle revit son troupeau, sa maisonnette et sa forêt, regretta le soir funeste où elle avait rencontré ce prince, sans qui elle ne pouvait désormais plus vivre, près de qui elle ne pouvait désormais pas vivre.

Lorsqu’il embrassa celle qui venait de devenir sa femme, la bergère tomba morte à leurs pieds.


inachevé : l'ange gardien, version heureuse

 

Il était une fois une petite fille qui avait perdu son ange gardien. Elle savait qu’il était farceur et qu’il aimait bien se dissimuler dans les fourrés pour l’observer vivre et n’intervenir qu’au bon moment, mais elle avait appris au fil du temps à le repérer au milieu de la végétation, et ça la rassurait de savoir qu’il était là, tout près, à veiller sur elle. Or depuis quelque temps elle ne parvenait plus à deviner dans quel buisson il se cachait. Non seulement ça, mais en plus il lui était arrivé deux ou trois histoires facheuses au cours desquelles il n’était pas intervenu pour régler la situation.

La petite fille commençait à se sentir très seule, un peu en danger, et surtout, elle s’inquiétait de ce qui avait pu advenir à son ange gardien.

Mine de rien, il lui manquait, son petit ange. Même s’il n’était pas bavard – à vrai dire elle n’avait jamais réussi à lui faire prononcer un mot, même pas son prénom – elle avait l’habitude de lui confier ses états d’âme, et il lui suffisait d’un regard pour savoir si il l’approuvait ou pas. Il lui était de très bon conseil. Elle était orpheline, il était un peu sa famille à lui tout seul; Elle s’était bien fait quelques copains, mais elle n’y attachait guère d’importance. Il n’y avait que lui qui comptait ! Lui sur qui elle était sûre de pouvoir compter, quoi qu’il arrive, quelle que soit l’heure de jour ou de la nuit… Et voilà qu’il disparaissait, comme ça, sans prévenir ! À un ange, il ne peut rien arriver de fâcheux, s’il n’était plus auprès d’elle c’est qu’il l’avait abandonnée, lui aussi ! Elle était outrée. Comment pouvait-il la traiter avec tant de légèreté ? Qu’avait-elle bien pu faire pour qu’il la fuie ainsi ? Elle hurla de rage, les poings serrés devenus blancs, elle hurla sous le ciel, à s’en déchirer la voix, à s’en arracher la gorge, et son souffle rauque se finit en toux rocailleuse. De grosses larmes tombaient sur ses joues et roulaient sur le sol en un ruisseau boueux. Elle essaya de crier encore un peu mais sa voix expirait. Elle s’écroula, la face dans la terre, et son visage sali ne fut essuyé par aucune main amie.

Après quelques heures, elle n’avait plus de forces. Elle se calma, et réfléchit. S’il était son ange gardien, il devait lui sauver la vie quand elle se mettrait en danger. Elle entreprit alors de se mettre dans des situation les plus périlleuses possibles pour le voir réapparaître et l’emporter dans ses bras vers des lieux sûrs. Elle grimpa en haut du grand mur du jardin, celui qu’elle avait toujours eu peur d’escalader. Elle s’écorcha les mains et les genoux. Le sang coulait comme du bon vin sur les vieilles pierres .C’est en tremblant comme une feuille qu’elle parvint à se mettre debout. Ses pieds dérapaient. Elle réprima son vertige, ouvrit les mains, et fit le saut de l’ange.

De l’ange… qui n’apparut pas. Elle atterrit sur les pieds un peu plus bas et roula en boule jusqu’au buisson de framboises. Indemne.

inachevé : le Roikiki

 

Il était une fois un roi tellement petit qu’on l’appelait le roikiki. Il s’était fait construire le plus haut palais qui soit, au sommet de la plus haute montagne du monde, inaccessible, et s’y était retiré à l’abri des moqueries. Il n’avait pas de cour, seulement deux valets fidèles et un chat qui ronronnait au coin du feu les soirs d’hiver. Sans oublier le bon Léon, le meilleur cuisinier du royaume, qu’on ne voyait jamais car il passait ses journées entières derrière les fourneaux. (Le roikiki avait beau être petit, son appéti était gigantesque.)

Ses valets rivalisaient d’ingéniosité pour le distraire, car certains jours il était pris d’un ennui tellement profond qu’on aurait eu peur d’y laisser tomber son chapeau. L’un d’eux savait lire et lui racontait ainsi tous les plus beaux romans, qui leur arrivaient par le courrier aéropostal. L’autre était très bon jongleur et accrobate, en fait c’était un enfant de la balle, ses parents avaient été des baladins très célèbres du temps de leur jeunesse.

Or il advint qu’un jour ni les lectures, ni les tours de ses valets n’amusèrent plus le roikiki. Il resta toute la journée allongé sur son lit à soupirer en les regardant s’agiter autour de lui pour essayer de lui soutirer un sourire. Il avait l’air un peu ridicule, tout petit au milieu de ce grand lit à baldaquins. Le deuxième jour il ne voulut même pas les regarder, et continua à soupirer, de plus en plus bruyamment. Le troisième jours, les valets commencèrent à se sentir vexés que le roikiki les ignore ainsi. Alors après avoir déployé tous leurs talents pour le plus beau spectacle qu’ils avaient jamais fait, et n’ayant pas même récolté un regard de leur roi, ils décidèrent de s’en aller chercher du travail ailleurs. Le roi ne les vit pas partir, ça ne l’intéressait pas. Ils prirent chacun un des deux ânes qui habitaient les écuries, les chargèrent d’autant d’or que les bêtes en pouvaient porter, et entreprirent de descendre la montagne ainsi.

Le cuisinier Léon, par la fenêtre de sa cuisine, les regarda partir jusqu’à ce qu’ils disparaissent en dessous du nuage qui entourait le château. Il se sentit un peu triste car il les aimait bien, mais il se remit bien vite à ses marmites.

ange gardien, version triste

 

Il était une fois une petite fille qui avait perdu son ange gardien. Elle savait qu’il était farceur et qu’il aimait bien se dissimuler dans les fourrés pour l’observer vivre et n’intervenir qu’au bon moment, mais elle avait appris au fil du temps à le repérer au milieu de la végétation, et ça la rassurait de savoir qu’il était là, tout près, à veiller sur elle. Or depuis quelque temps elle ne parvenait plus à deviner dans quel buisson il se cachait. Non seulement ça, mais en plus il lui était arrivé deux ou trois histoires facheuses au cours desquelles il n’était pas intervenu pour régler la situation.

La petite fille commençait à se sentir très seule, un peu en danger, et surtout, elle s’inquiétait de ce qui avait pu advenir à son ange gardien.

Mine de rien, il lui manquait, son petit ange. Même s’il n’était pas bavard – à vrai dire elle n’avait jamais réussi à lui faire prononcer un mot, même pas son prénom – elle avait l’habitude de lui confier ses états d’âme, et il lui suffisait d’un regard pour savoir si il l’approuvait ou pas. Il lui était de très bon conseil. Elle était orpheline, il était un peu sa famille à lui tout seul; Elle s’était bien fait quelques copains, mais elle n’y attachait guère d’importance. Il n’y avait que lui qui comptait ! Lui sur qui elle était sûre de pouvoir compter, quoi qu’il arrive, quelle que soit l’heure de jour ou de la nuit… Et voilà qu’il disparaissait, comme ça, sans prévenir ! À un ange, il ne peut rien arriver de fâcheux, s’il n’était plus auprès d’elle c’est qu’il l’avait abandonnée, lui aussi ! Elle était outrée. Comment pouvait-il la traiter avec tant de légèreté ? Qu’avait-elle bien pu faire pour qu’il la fuie ainsi ? Elle hurla de rage, les poings serrés devenus blancs, elle hurla sous le ciel, à s’en déchirer la voix, à s’en arracher la gorge, et son souffle rauque se finit en toux rocailleuse. De grosses larmes tombaient sur ses joues et roulaient sur le sol en un ruisseau boueux. Elle essaya de crier encore un peu mais sa voix expirait. Elle s’écroula, la face dans la terre, et son visage sali ne fut essuyé par aucune main amie.

Après quelques heures, elle n’avait plus de forces. Elle se calma, et réfléchit. S’il était son ange gardien, il devait lui sauver la vie quand elle se mettrait en danger. Elle entreprit alors de se mettre dans des situation les plus périlleuses possibles pour le voir réapparaître et l’emporter dans ses bras vers des lieux sûrs. Elle grimpa en haut du grand mur du jardin, celui qu’elle avait toujours eu peur d’escalader. Elle s’écorcha les mains et les genoux. Le sang coulait comme du bon vin sur les vieilles pierres .C’est en tremblant comme une feuille qu’elle parvint à se mettre debout. Ses pieds dérapaient. Elle réprima son vertige, ouvrit les mains, et fit le saut de l’ange.

De l’ange… qui n’apparut pas. En tombant, elle heurta de la tête le granit du vieux mur. Une mer de sang se répandit sur ses vêtements, puis souilla la douce herbe verte. Ses yeux s’emplirent de brouillard. Elle n’avait pas poussé un cri. Le surveillant de l’orphelinat était occupé à séparer deux gamins enragés qui avaient entrepris de se perforer mutuellement la poitrine à l’aide de branches qu’ils avaient taillées en pointe. Tous les regards étaient tournés vers eux. Personne ne s’était aperçu que la fillette avait grimpé sur le mur, personne ne vit qu’elle roulait doucement derrière le framboisier. Le parfum qui s’en dégageait lui envahit l’esprit. Elle sentit son corps s’enfoncer dans un tapis de nuages rouge clair et granuleux. Elle sut alors que son ange était parti accompagner sur la route un autre enfant malheureux qui avait besoin de protection. Elle se rendit compte qu’elle était arrivée à un âge où elle était capable de se débrouiller toute seule, qu’elle avait acquis les moyens de prendre sa vie en main. Elle regretta d’avoir gâché si vite les possibilités qui lui étaient offertes. Puis elle ne regretta rien et se laissa glisser dans la ouateur des brumes qui la gagnaient.

 
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